| LA REVOLUTION ET L’EDIFICATION DU COMMUNISME EN
RUSSIE
(1917-1945) |
LA
FERME DES ANIMAUX (1945) |
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1) LA RUSSIE EN 1917
Au début du XX° siècle, la Russie donne l’image d’un pays en
retard sur les autres grandes puissances européennes. Sur le plan économique,
le pays est encore en majorité agricole; le monde rural reste dominé par
de grands propriétaires terriens confisquant à leur profit l’essentiel
des terres et les mettant en valeur avec des méthodes d’un autre âge;
des millions de paysans pauvres réclament la terre; la révolution
industrielle se développe dans les villes, transformant en prolétaires
surexploités ceux que la terre ne parvient plus à nourrir. Sur le plan
politique, le retard de la révolution industrielle et l’inertie de
l’aristocratie qui s’accroche à ses privilèges freinent considérablement
l’accession aux postes de responsabilité des couches dynamiques de la
bourgeoisie ; le tzar Nicolas II dirige le pays selon les méthodes
de l’absolutisme, déconsidéré par l’emprise qu’exerce sur le
couple impérial son favori, Raspoutine, un charlatan illuminé.
Mettant à profit ces faiblesses du mode de gouvernement et le mécontentement
profond du peuple, le Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe (le parti
bolchevik, dont le principal dirigeant est Lénine) connaît un développement
rapide. Il prône le Communisme, c’est à dire la substitution de la
propriété collective à la propriété privée. Se réclamant des idées
du philosophe allemand Karl Marx, il se fait le propagandiste d’une révolution
qui abolirait en Russie comme sur le plan international l’exploitation
de l’homme par l’homme. |
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2) LE
SOULEVEMENT D’OCTOBRE 1917
Les
revers militaires occasionnés par la première guerre mondiale
contribuent à faire mûrir une situation révolutionnaire. Le 20 Février
1917, de sévères mesures de rationnement décidées par les autorités
de la capitale Petrograd (Saint-Petersbourg) déclenchent une grève générale
aux cris de « Du pain ! du travail ! à bas la guerre !
à bas le tzar ! ». Le 26 Février, la troupe tire et tue plus
de cent cinquante manifestants, mais la mutinerie de deux régiments d’élite
honteux d’avoir participé à la répression a pour conséquence
l’abdication du tsar (2 Mars) et la mise en place d’un gouvernement
provisoire qui accepte de négocier avec les insurgés.
Organisé
dans un « soviet » (en russe : assemblée, comité élu
du « peuple travailleur et combattant ») ouvriers et soldats
obtiennent quelques avantages, mais le mécontentement continue à
s’amplifier : les chefs d’entreprise lockoutent les ouvriers qui
demandent le contrôle sur les usines ; les paysans pauvres
s’approprient des terres inexploitées; les mutineries gagnent le
front. En Avril, Lénine fait adopter à son parti un programme radical :
il considère que la satisfaction des demandes du peuple est incompatible
avec le maintien du gouvernement provisoire dominé par les partisans
d’une république bourgeoise, il considère que les soviets d’ouvriers
et de paysans doivent prendre le pouvoir, décréter la fin de la guerre,
la distribution des terres, le contrôle ouvrier sur l’industrie.
Les
communistes (bolcheviks) d’abord minoritaires dans les soviets voient
leur influence progresser dans les mois qui suivent : le 9 Septembre,
l’un des leurs (Léon Trotsky) est élu Président du Soviet de
Petrograd. Enfin, le 22 Octobre, après avoir gagné à leurs projets la
plupart des casernes de la capitale, les bolcheviks organisent une
insurrection armée qui dépose le gouvernement provisoire, donne le
pouvoir à un « Conseil des commissaires du peuple », édicte
un « décret sur la paix » appelant les peuples d’Europe à
négocier une paix sans annexions ni contributions et un « Décret
sur la terre » mettant la terre à la disposition des comités
locaux de paysans. |
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3) L’ORGANISATION
DU NOUVEAU REGIME (1917-1918)
Le
nouveau régime organise aussitôt la « dictature du prolétariat ».
Justifiées par la nécessité de défendre le pouvoir conquis sur les
anciennes classes possédantes, des mesures draconniennes sont prises :
fermeture des moyens de communication « bourgeois »,
arrestation et proscription des responsables politiques conservateurs et même
ceux des partis se réclamant du socialisme qui avaient participé au
gouvernement provisoire, dissolution de l’Assemblée Constituante élue
au suffrage universel mais où les bolcheviks, beaucoup plus influents à
Petrograd que dans le reste de la Russie, n’avaient obtenu que 22% des
voix.
Très
vite on voit se dessiner une confiscation du pouvoir par le sommet du
nouvel état : une incompréhension s’installe entre les ouvriers,
obsédés par le chômage, la dégradation de leur pouvoir d’achat qui
continue malgré la victoire de la révolution, la faim, et un
gouvernement désireux, par souci d’efficacité économique, de fixer
des limites à l’autogestion et de procéder aux premières
nationalisations. Très vite, le gouvernement restreint les pouvoirs des
institutions nées au cours de la révolution – soviets, comités
d’usine, syndicats, gardes rouges, comités de quartiers – pour les
transférer à l’appareil d’état, puisqu’il s’agit d’un Etat
Ouvrier. |
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4) LA
CONTRE-REVOLUTION (1918-1921)
A
ces difficultés s’ajoutent bientôt celles de la guerre civile.
Soutenues par les anciens alliés de la Russie (France et Angleterre), des
armées d’opposants s’organisent : les « armées blanches ».
En 1919, elles regroupent plusieurs centaines de milliers d’hommes qui
se rassemblent dans certaines provinces sous la direction de l’Amiral
Koltchak, des généraux Ioudenitch, Denikine, du baron Wrangel. L’armée
rouge, organisée par Léon Trotsky, subit d’abord quelques défaites
mais parvient à venir à bout de cette offensive contre-révolutionnaire.
Cependant cette victoire a nécessité sur le plan économique la
mise en place de mesures d’exception appelées « communisme de
guerre » : rationnement des produits de grande consommation ;
nationalisation des banques, des grandes entreprises et même du commerce ;
réquisitions des récoltes des paysans. Cette politique contribue à
couper les bolcheviks d’une bonne partie de la population. Des révoltes
paysannes massives se déroulent en 1921. Mais au bout du compte, face à
l’agression étrangère et aussi à la politique de restitution des
terres aux grands propriétaires menée à certains endroits par les armées
blanches, le peuple russe aura accepté les sacrifices exigés par les
communistes pour défendre « la révolution menacée ». |
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5) LE
TEMPS DES DEBATS (1921-1927)
Après
quatre années de guerre civile, les bolcheviks comprennent la nécessité
de relâcher les contraintes pesant sur la paysannerie et décident une
« Nouvelle Politique Economique » (la NEP) : fin des réquisitions,
rétablissement de la liberté du commerce, dénationalisation des petites
entreprises. L’économie se relance, mais des débats stratégiques
commencent sur les voies de développement du pays et l’avenir de la révolution,
débat rendus plus aigus par la mort de Lénine, victime d’une attaque
cardiaque, en Janvier 1924.
Le
premier de ces débats porte sur l’économie : de 1923 à 1929,
deux lignes économiques s’affrontent, au sein de la direction
bolchevique. Trotsky prône le développement prioritaire de
l’industrie. Pour Trotsky, il n’y aura pas d’alliance durable
possible entre la ville et la campagne, entre la classe ouvrière et la
paysannerie, tant que l’industrie ne pourra pas fournir aux paysans les
produits manufacturés bon marché nécessaires à l’élévation de leur
niveau de vie. Il faut donc en priorité augmenter la productivité
industrielle et pour cela maintenir par l’impôt un niveau de prélèvement
élevé sur les richesses produites par l’agriculture. En somme, la NEP
doit être considérée comme une politique conjoncturelle, à utiliser de
façon prudente et limitée. Face à Trotsky, Boukharine – économiste
officiel du parti - défend au contraire la nécessité de satisfaire en
priorité les besoins de la paysannerie en laissant jouer librement les mécanismes
du marché. Le paysan doit pouvoir « s’enrichir, sans craindre
aucune contrainte ». En somme, la NEP doit être accentuée, pérennisée,
et considérée comme la meilleure voie vers le socialisme.
Le
second débat porte sur la politique étrangère : il oppose Trotsky,
partisan de la « révolution permanente » et Staline partisan
du « socialisme dans un seul pays ». Pour Trotsky, les
communistes russes ne pourront pas maintenir durablement le cap vers une
société plus juste si les mêmes idées ne triomphent pas dans
d’autres pays, notamment dans quelques-uns des pays les plus
industrialisés. Pour lui, la priorité des communistes russes doit être
d’aider les peuples du monde à s’affranchir du joug du capitalisme, même
si cela doit entraîner des difficultés avec les maîtres actuels de ces
pays. Pour Staline, au contraire, il faut donner la priorité à la défense
de la « patrie du socialisme ». L’URSS doit utiliser la
diplomatie, et instrumentaliser la présence de partis communistes dans
les pays voisins, pour obtenir une attitude plus amicale et coopérative
de la part de leurs gouvernements, en sachant si le besoin s’en présente
freiner l’ardeur révolutionnaire des partis communistes pour ne pas
indisposer les dirigeants des pays amis.
Le
troisième sujet de conflit est politique et se cristallise en une lutte
de pouvoir au sein du Parti Bolchevique. En 1923, Trotsky et les cadres
bolcheviks qui soutiennent ses positions dénoncent dans une déclaration
la « dictature de l’appareil », notamment les efforts déployés
par Staline, secrétaire à l’organisation du parti, pour éliminer ses
opposants de tous les postes de responsabilité, placer ses amis aux
postes-clés. La majorité du Comité Central se range aux côtés de
Staline pour caractériser cette déclaration comme une « plate-forme
fractionniste ». Dés ce moment, la persécution de « l’opposition
de gauche » (le groupe de Trotsky) est systématiquement organisée.
Les militants en désaccord avec la ligne incarnée par Staline et
Boukharine sont désignés comme des traîtres ayant rompu avec l’héritage
léniniste ou des « agents de l’impérialisme » financés
par l’étranger. La suspicion se développe et la police politique (guépéou)
décuple ses effectifs. Staline fait élever un mausolée de Lénine, à
l’égard duquel s’organise un culte destiné à accréditer dans le
peuple et dans le parti l’idée de la filiation directe entre la
politique suivie par Staline et celle du chef historique du communisme
russe. En Janvier 1928, Trotsky et ses partisans sont contraints à
l’exil. |
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6)
STALINE ABANDONNE LA NEP (1927-1934)
A
la fin de 1927, Staline opère un brusque tournant dans la politique économique.
Une partie de la paysannerie s’est enrichie grâce à la NEP mais le
dynamisme très relatif des campagnes ne profite pas aux villes où le
malaise social s’étend. Dissuadés par le faible pouvoir d’achat des
ouvriers d’acheminer leur production vers les centres urbains, les
paysans aisés ont tendance à stocker. Désireux de s’ouvrir des marchés
à l’exportation, ils revendiquent de plus en plus ouvertement la fin du
monopole d’état sur le commerce extérieur. Le clan stalinien répond
à cette situation avec sa brutalité coutumière. Il décide de rompre
avec la politique de Boukharine, qui est discrédité par une violente
campagne de presse et contraint à une humiliante autocritique publique.
Le gouvernement dénonce la résurgence du capitalisme dans les campagnes,
organise la réquisition des stocks accumulés par les « koulaks »,
et décrète la collectivisation accélérée des exploitations agricoles.
En cinq ans (1929-1934), 95% des foyers paysans sont collectivisés, obligés
de vendre leur production à l’état à des prix dérisoires. Les émeutes
se multiplient contre cette politique. Deux millions de paysans qui
refusent d’adhérer aux « kolkhozes » (organisation coopérative
des propriétés collectivisées) sont déportés vers des régions
inhospitalières. Plusieurs grands procès sont organisés, où plusieurs
milliers de cadres administratifs et économiques sont condamnés pour
sabotage. On déplace vers les campagnes pour les remplacer des ouvriers
des villes acquis aux idées communistes mais qui ignorent tout de
l’agriculture. |
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7) LE
SYSTEME STALINIEN TOURNE A LA TERREUR (1934-1939)
Le
XVII° congrès du PCUS (Janvier 34) tire le bilan de ce que Staline
appelle « le grand tournant » et désigne les responsables de
l’échec économique : les cadres intermédiaires, qui ne
comprennent pas la ligne du parti. Dés lors, l’URSS vit dans la hantise
du complot, alimentée par des procès à répétition contre les
saboteurs bourgeois manipulés par l’étranger, les purges à l’intérieur
du parti visant une largement mythique fraction trotskyste. De fin 36 à
la fin 38 près de deux millions de personnes sont arrêtées dont 680.000
environ sont fusillées.
C’est
dans ce contexte que s’inscrit le mouvement stakhanoviste. Le 31 Août
1935, aidé par toute une préparation d’équipe, le mineur Alexeï
Stakhanov réalise quatorze fois la norme d’extraction du charbon. Cet
exploit est aussitôt popularisé par le gouvernement qui s’appuie sur
cet exemple pour lancer une vaste campagne productiviste. |
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8)
LES ERREMENTS DE LA DIPLOMATIE SOVIETIQUE
ET LA GUERRE (1939-1943)
Dans
une Europe qui se prépare à la guerre, Staline adopte comme ligne de
conduite une diplomatie cynique consistant à s’allier tantôt avec
l’un, tantôt avec l’autre en fonction des avantages économiques ou
territoriaux qu’il peut en espérer. L’arrivée au pouvoir d’Hitler
en 1933 le pousse d’abord à rechercher l’alliance avec l’Angleterre
et la France (pacte franco-soviétique de 1935). Mais, devant l’audace
d’Hitler qui envahit l’Autriche en 1938, Staline courtise l’Allemagne
et signe le 23 Août 1939 un traité de non-agression par lequel Hitler et
Staline se partagent des zones d’influence en Europe de l’Est. Pendant
qu’Hitler fait la guerre à l’Ouest, Staline envahit la Pologne
(septembre 39), la Finlande (Novembre 39), annexe de fait les pays baltes.
Grâce au pacte germano-soviétique, l’URSS a annexé près de 600 000
kilomètres carrés, peuplés de 23 millions d’habitants. Mais le 22
Juin 1941, l’Allemagne entre en guerre contre l’URSS, surprenant complètement
Staline. L’armée rouge accumule d’abord les défaites. Mais au début
de l’année 1943, elle parvient à infliger une sévère défaite aux
allemands à Stalingrad qui sera sans doute le tournant de la seconde
guerre mondiale. |
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9) UN
REGIME DE PLUS EN PLUS TOTALITAIRE (1943-1945)
Renforcé
par sa participation décisive à la victoire des Alliés sur les
puissances de l’Axe, Staline assoit son pouvoir personnel. Cumulant tous
les pouvoirs civils et militaires, du Parti et de l’Etat, Staline
suscite autour de sa personne un véritable « culte de la
personnalité » et impulse une politique ultra-nationaliste fondée
sur la puissance militaire de l’URSS. Pendant la guerre, le volontarisme
économique, axé sur l’industrie lourde, que les nécessités de la défense
permet de justifier auprès du peuple, contribue largement à la victoire
sur les troupes allemandes. A la fin de la guerre, la nécessité de
reconstruire le pays pousse Staline à continuer sur la même voie et à
exiger de nouveaux sacrifices : niveau de vie très bas, pénuries
alimentaires (famine de 46-47 : 500.000 morts). La répression (déportations
massives dans les camps du Goulag) est chargée d’assurer la bonne
marche du système. |
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10)
LA RUSSIE RETROUVE SA PLACE DANS LE CONCERT DES NATIONS (1945)
Occupant
militairement la moitié de l’Europe, l’URSS peut maintenant discuter
d’égal à égal avec les Etats-Unis, l ‘Angleterre et la France.
Les conférences de Potsdam et de Yalta, où les puissances alliées négocient
leurs zones d’influence respectives dans l’Europe d’après-guerre,
officialisent la reconnaissance de l’URSS comme une grande puissance. La
Russie est redevenue un empire respecté, admis dans le concert des
nations. Une histoire semble s’achever … une autre commence.
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