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GEORGE ORWELL - LA FERME DES ANIMAUX (1945)

TABLEAU D'ANALYSE DU SENS DE L'APOLOGUE

 

La ferme des animaux de George Orwell n'est pas seulement une sorte de conte philosophique sur la corruption par le pouvoir et l'échec des utopies égalitaires; c'est une oeuvre à clefs. L'auteur, qui a participé aux Brigades Internationales aux côtés des courants les plus radicaux de la gauche, lors de la guerre civile espagnole de 1936-1937, a vécu douloureusement la faillite de la révolution russe. C'est cette dégénerescence de la première révolution communiste qu'il décrit allégoriquement dans La ferme des animaux . Pour s'en convaincre, il suffit de s'informer d'une façon un peu précise sur l'histoire de l'Union Soviétique entre 1917 et 1945. C'est ce que le tableau ci-dessous vous permettra de faire.

Dans la colonne de gauche, vous trouverez un résumé en dix parties de cette page d'histoire du XX° siècle.

Dans la colonne de droite, vous noterez chapitre par chapitre, les allusions souvent extrêmement limpides contenues dans le récit d'Orwell.
Vous en profiterez pour donner un titre de votre invention à chacun des 10 chapitres du récit.

LA REVOLUTION ET L’EDIFICATION DU COMMUNISME EN RUSSIE (1917-1945) LA FERME DES ANIMAUX (1945)

1) LA RUSSIE EN 1917

            Au début du XX° siècle, la Russie donne l’image d’un pays en retard sur les autres grandes puissances européennes. Sur le plan économique, le pays est encore en majorité agricole; le monde rural reste dominé par de grands propriétaires terriens confisquant à leur profit l’essentiel des terres et les mettant en valeur avec des méthodes d’un autre âge; des millions de paysans pauvres réclament la terre; la révolution industrielle se développe dans les villes, transformant en prolétaires surexploités ceux que la terre ne parvient plus à nourrir. Sur le plan politique, le retard de la révolution industrielle et l’inertie de l’aristocratie qui s’accroche à ses privilèges freinent considérablement l’accession aux postes de responsabilité des couches dynamiques de la bourgeoisie ; le tzar Nicolas II dirige le pays selon les méthodes de l’absolutisme, déconsidéré par l’emprise qu’exerce sur le couple impérial son favori, Raspoutine, un charlatan illuminé.

            Mettant à profit ces faiblesses du mode de gouvernement et le mécontentement profond du peuple, le Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe (le parti bolchevik, dont le principal dirigeant est Lénine) connaît un développement rapide. Il prône le Communisme, c’est à dire la substitution de la propriété collective à la propriété privée. Se réclamant des idées du philosophe allemand Karl Marx, il se fait le propagandiste d’une révolution qui abolirait en Russie comme sur le plan international l’exploitation de l’homme par l’homme.

CHAPITRE 1 / titre :

2) LE SOULEVEMENT D’OCTOBRE 1917

            Les revers militaires occasionnés par la première guerre mondiale contribuent à faire mûrir une situation révolutionnaire. Le 20 Février 1917, de sévères mesures de rationnement décidées par les autorités de la capitale Petrograd (Saint-Petersbourg) déclenchent une grève générale aux cris de « Du pain ! du travail ! à bas la guerre ! à bas le tzar ! ». Le 26 Février, la troupe tire et tue plus de cent cinquante manifestants, mais la mutinerie de deux régiments d’élite honteux d’avoir participé à la répression a pour conséquence l’abdication du tsar (2 Mars) et la mise en place d’un gouvernement provisoire qui accepte de négocier avec les insurgés.

Organisé dans un « soviet » (en russe : assemblée, comité élu du « peuple travailleur et combattant ») ouvriers et soldats obtiennent quelques avantages, mais le mécontentement continue à s’amplifier : les chefs d’entreprise lockoutent les ouvriers qui demandent le contrôle sur les usines ; les paysans pauvres s’approprient des terres inexploitées; les mutineries gagnent le front. En Avril, Lénine fait adopter à son parti un programme radical : il considère que la satisfaction des demandes du peuple est incompatible avec le maintien du gouvernement provisoire dominé par les partisans d’une république bourgeoise, il considère que les soviets d’ouvriers et de paysans doivent prendre le pouvoir, décréter la fin de la guerre, la distribution des terres, le contrôle ouvrier sur l’industrie.

Les communistes (bolcheviks) d’abord minoritaires dans les soviets voient leur influence progresser dans les mois qui suivent : le 9 Septembre, l’un des leurs (Léon Trotsky) est élu Président du Soviet de Petrograd. Enfin, le 22 Octobre, après avoir gagné à leurs projets la plupart des casernes de la capitale, les bolcheviks organisent une insurrection armée qui dépose le gouvernement provisoire, donne le pouvoir à un « Conseil des commissaires du peuple », édicte un « décret sur la paix » appelant les peuples d’Europe à négocier une paix sans annexions ni contributions et un « Décret sur la terre » mettant la terre à la disposition des comités locaux de paysans. 

CHAPITRE 2 / titre :

3) L’ORGANISATION DU NOUVEAU REGIME (1917-1918)

            Le nouveau régime organise aussitôt la « dictature du prolétariat ». Justifiées par la nécessité de défendre le pouvoir conquis sur les anciennes classes possédantes, des mesures draconniennes sont prises : fermeture des moyens de communication « bourgeois », arrestation et proscription des responsables politiques conservateurs et même ceux des partis se réclamant du socialisme qui avaient participé au gouvernement provisoire, dissolution de l’Assemblée Constituante élue au suffrage universel mais où les bolcheviks, beaucoup plus influents à Petrograd que dans le reste de la Russie, n’avaient obtenu que 22% des voix.

Très vite on voit se dessiner une confiscation du pouvoir par le sommet du nouvel état : une incompréhension s’installe entre les ouvriers, obsédés par le chômage, la dégradation de leur pouvoir d’achat qui continue malgré la victoire de la révolution, la faim, et un gouvernement désireux, par souci d’efficacité économique, de fixer des limites à l’autogestion et de procéder aux premières nationalisations. Très vite, le gouvernement restreint les pouvoirs des institutions nées au cours de la révolution – soviets, comités d’usine, syndicats, gardes rouges, comités de quartiers – pour les transférer à l’appareil d’état, puisqu’il s’agit d’un Etat Ouvrier.

CHAPITRE 3 / titre :

4) LA CONTRE-REVOLUTION (1918-1921)

            A ces difficultés s’ajoutent bientôt celles de la guerre civile. Soutenues par les anciens alliés de la Russie (France et Angleterre), des armées d’opposants s’organisent : les « armées blanches ». En 1919, elles regroupent plusieurs centaines de milliers d’hommes qui se rassemblent dans certaines provinces sous la direction de l’Amiral Koltchak, des généraux Ioudenitch, Denikine, du baron Wrangel. L’armée rouge, organisée par Léon Trotsky, subit d’abord quelques défaites mais parvient à venir à bout de cette offensive contre-révolutionnaire.

            Cependant cette victoire a nécessité sur le plan économique la mise en place de mesures d’exception appelées « communisme de guerre » : rationnement des produits de grande consommation ; nationalisation des banques, des grandes entreprises et même du commerce ; réquisitions des récoltes des paysans. Cette politique contribue à couper les bolcheviks d’une bonne partie de la population. Des révoltes paysannes massives se déroulent en 1921. Mais au bout du compte, face à l’agression étrangère et aussi à la politique de restitution des terres aux grands propriétaires menée à certains endroits par les armées blanches, le peuple russe aura accepté les sacrifices exigés par les communistes pour défendre « la révolution menacée ».

CHAPITRE 4 / titre :

5) LE TEMPS DES DEBATS (1921-1927)

            Après quatre années de guerre civile, les bolcheviks comprennent la nécessité de relâcher les contraintes pesant sur la paysannerie et décident une « Nouvelle Politique Economique » (la NEP) : fin des réquisitions, rétablissement de la liberté du commerce, dénationalisation des petites entreprises. L’économie se relance, mais des débats stratégiques commencent sur les voies de développement du pays et l’avenir de la révolution, débat rendus plus aigus par la mort de Lénine, victime d’une attaque cardiaque, en Janvier 1924.

Le premier de ces débats porte sur l’économie : de 1923 à 1929, deux lignes économiques s’affrontent, au sein de la direction bolchevique. Trotsky prône le développement prioritaire de l’industrie. Pour Trotsky, il n’y aura pas d’alliance durable possible entre la ville et la campagne, entre la classe ouvrière et la paysannerie, tant que l’industrie ne pourra pas fournir aux paysans les produits manufacturés bon marché nécessaires à l’élévation de leur niveau de vie. Il faut donc en priorité augmenter la productivité industrielle et pour cela maintenir par l’impôt un niveau de prélèvement élevé sur les richesses produites par l’agriculture. En somme, la NEP doit être considérée comme une politique conjoncturelle, à utiliser de façon prudente et limitée. Face à Trotsky, Boukharine – économiste officiel du parti - défend au contraire la nécessité de satisfaire en priorité les besoins de la paysannerie en laissant jouer librement les mécanismes du marché. Le paysan doit pouvoir « s’enrichir, sans craindre aucune contrainte ». En somme, la NEP doit être accentuée, pérennisée, et considérée comme la meilleure voie vers le socialisme.

Le second débat porte sur la politique étrangère : il oppose Trotsky, partisan de la « révolution permanente » et Staline partisan du « socialisme dans un seul pays ». Pour Trotsky, les communistes russes ne pourront pas maintenir durablement le cap vers une société plus juste si les mêmes idées ne triomphent pas dans d’autres pays, notamment dans quelques-uns des pays les plus industrialisés. Pour lui, la priorité des communistes russes doit être d’aider les peuples du monde à s’affranchir du joug du capitalisme, même si cela doit entraîner des difficultés avec les maîtres actuels de ces pays. Pour Staline, au contraire, il faut donner la priorité à la défense de la « patrie du socialisme ». L’URSS doit utiliser la diplomatie, et instrumentaliser la présence de partis communistes dans les pays voisins, pour obtenir une attitude plus amicale et coopérative de la part de leurs gouvernements, en sachant si le besoin s’en présente freiner l’ardeur révolutionnaire des partis communistes pour ne pas indisposer les dirigeants des pays amis.

Le troisième sujet de conflit est politique et se cristallise en une lutte de pouvoir au sein du Parti Bolchevique. En 1923, Trotsky et les cadres bolcheviks qui soutiennent ses positions dénoncent dans une déclaration la « dictature de l’appareil », notamment les efforts déployés par Staline, secrétaire à l’organisation du parti, pour éliminer ses opposants de tous les postes de responsabilité, placer ses amis aux postes-clés. La majorité du Comité Central se range aux côtés de Staline pour caractériser cette déclaration comme une « plate-forme fractionniste ». Dés ce moment, la persécution de « l’opposition de gauche » (le groupe de Trotsky) est systématiquement organisée. Les militants en désaccord avec la ligne incarnée par Staline et Boukharine sont désignés comme des traîtres ayant rompu avec l’héritage léniniste ou des « agents de l’impérialisme » financés par l’étranger. La suspicion se développe et la police politique (guépéou) décuple ses effectifs. Staline fait élever un mausolée de Lénine, à l’égard duquel s’organise un culte destiné à accréditer dans le peuple et dans le parti l’idée de la filiation directe entre la politique suivie par Staline et celle du chef historique du communisme russe. En Janvier 1928, Trotsky et ses partisans sont contraints à l’exil.

CHAPITRE 5 / titre :

6) STALINE ABANDONNE LA NEP (1927-1934)

            A la fin de 1927, Staline opère un brusque tournant dans la politique économique. Une partie de la paysannerie s’est enrichie grâce à la NEP mais le dynamisme très relatif des campagnes ne profite pas aux villes où le malaise social s’étend. Dissuadés par le faible pouvoir d’achat des ouvriers d’acheminer leur production vers les centres urbains, les paysans aisés ont tendance à stocker. Désireux de s’ouvrir des marchés à l’exportation, ils revendiquent de plus en plus ouvertement la fin du monopole d’état sur le commerce extérieur. Le clan stalinien répond à cette situation avec sa brutalité coutumière. Il décide de rompre avec la politique de Boukharine, qui est discrédité par une violente campagne de presse et contraint à une humiliante autocritique publique. Le gouvernement dénonce la résurgence du capitalisme dans les campagnes, organise la réquisition des stocks accumulés par les « koulaks », et décrète la collectivisation accélérée des exploitations agricoles. En cinq ans (1929-1934), 95% des foyers paysans sont collectivisés, obligés de vendre leur production à l’état à des prix dérisoires. Les émeutes se multiplient contre cette politique. Deux millions de paysans qui refusent d’adhérer aux « kolkhozes » (organisation coopérative des propriétés collectivisées) sont déportés vers des régions inhospitalières. Plusieurs grands procès sont organisés, où plusieurs milliers de cadres administratifs et économiques sont condamnés pour sabotage. On déplace vers les campagnes pour les remplacer des ouvriers des villes acquis aux idées communistes mais qui ignorent tout de l’agriculture.

CHAPITRE 6 / titre :

7) LE SYSTEME STALINIEN TOURNE A LA TERREUR (1934-1939)

Le XVII° congrès du PCUS (Janvier 34) tire le bilan de ce que Staline appelle « le grand tournant » et désigne les responsables de l’échec économique : les cadres intermédiaires, qui ne comprennent pas la ligne du parti. Dés lors, l’URSS vit dans la hantise du complot, alimentée par des procès à répétition contre les saboteurs bourgeois manipulés par l’étranger, les purges à l’intérieur du parti visant une largement mythique fraction trotskyste. De fin 36 à la fin 38 près de deux millions de personnes sont arrêtées dont 680.000 environ sont fusillées.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le mouvement stakhanoviste. Le 31 Août 1935, aidé par toute une préparation d’équipe, le mineur Alexeï Stakhanov réalise quatorze fois la norme d’extraction du charbon. Cet exploit est aussitôt popularisé par le gouvernement qui s’appuie sur cet exemple pour lancer une vaste campagne productiviste.

CHAPITRE 7 / titre :

8) LES ERREMENTS DE LA DIPLOMATIE SOVIETIQUE  ET LA GUERRE (1939-1943)

            Dans une Europe qui se prépare à la guerre, Staline adopte comme ligne de conduite une diplomatie cynique consistant à s’allier tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre en fonction des avantages économiques ou territoriaux qu’il peut en espérer. L’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933 le pousse d’abord à rechercher l’alliance avec l’Angleterre et la France (pacte franco-soviétique de 1935). Mais, devant l’audace d’Hitler qui envahit l’Autriche en 1938, Staline courtise l’Allemagne et signe le 23 Août 1939 un traité de non-agression par lequel Hitler et Staline se partagent des zones d’influence en Europe de l’Est. Pendant qu’Hitler fait la guerre à l’Ouest, Staline envahit la Pologne (septembre 39), la Finlande (Novembre 39), annexe de fait les pays baltes. Grâce au pacte germano-soviétique, l’URSS a annexé près de 600 000 kilomètres carrés, peuplés de 23 millions d’habitants. Mais le 22 Juin 1941, l’Allemagne entre en guerre contre l’URSS, surprenant complètement Staline. L’armée rouge accumule d’abord les défaites. Mais au début de l’année 1943, elle parvient à infliger une sévère défaite aux allemands à Stalingrad qui sera sans doute le tournant de la seconde guerre mondiale.

CHAPITRE 8 / titre :

9) UN REGIME DE PLUS EN PLUS TOTALITAIRE (1943-1945)

            Renforcé par sa participation décisive à la victoire des Alliés sur les puissances de l’Axe, Staline assoit son pouvoir personnel. Cumulant tous les pouvoirs civils et militaires, du Parti et de l’Etat, Staline suscite autour de sa personne un véritable « culte de la personnalité » et impulse une politique ultra-nationaliste fondée sur la puissance militaire de l’URSS. Pendant la guerre, le volontarisme économique, axé sur l’industrie lourde, que les nécessités de la défense permet de justifier auprès du peuple, contribue largement à la victoire sur les troupes allemandes. A la fin de la guerre, la nécessité de reconstruire le pays pousse Staline à continuer sur la même voie et à exiger de nouveaux sacrifices : niveau de vie très bas, pénuries alimentaires (famine de 46-47 : 500.000 morts). La répression (déportations massives dans les camps du Goulag) est chargée d’assurer la bonne marche du système.

CHAPITRE 9 / titre :

10) LA RUSSIE RETROUVE SA PLACE DANS LE CONCERT DES NATIONS (1945)

            Occupant militairement la moitié de l’Europe, l’URSS peut maintenant discuter d’égal à égal avec les Etats-Unis, l ‘Angleterre et la France. Les conférences de Potsdam et de Yalta, où les puissances alliées négocient leurs zones d’influence respectives dans l’Europe d’après-guerre, officialisent la reconnaissance de l’URSS comme une grande puissance. La Russie est redevenue un empire respecté, admis dans le concert des nations. Une histoire semble s’achever … une autre commence.

 

CHAPITRE 10 / titre :